Abbaye Saint-Philibert de Tournus
Tornutium / Trenorchium / Saint-Valérien
(Tournus, Saône-et-Loire)
Le site de Tournus existait déjà à l’époque romaine et s’est développé grâce à sa situation privilégiée sur les rives de la Saône, entre Mâcon et Chalon. Selon la tradition, il aurait été évangélisé par Valérien († v. 179), qui y mourut martyr et y fut enterré, devenant ainsi objet de dévotion. Au VIe siècle, on trouve des mentions de l’existence d’un oratoire, considéré comme un petit monastère dédié à saint Valérien qui aurait, peut-être, été détruit par une incursion sarrasine en 731.
Par ailleurs, en 677, saint Philibert († 685) avait fondé le monastère d’Herio, à Noirmoutier (Vendée). En 836, en raison des incursions normandes, cette communauté monastique fut contrainte de l’abandonner, emportant avec elle les reliques de son fondateur. Les moines se réfugièrent à Déas, un lieu qui leur servait déjà de refuge temporaire et où ils disposaient d’une église ; ils y fondèrent le nouveau monastère de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu (Loire-Atlantique). Le lieu n’était pas davantage sûr et, en 858, ils se déplacèrent à nouveau pour chercher refuge à Cunault (Maine-et-Loire), puis à Saint-Pourçain (Allier).
En 875, Charles le Chauve (823-877) offrit Tournus aux moines fugitifs, avec notamment l’abbaye Saint-Valérien, qui aurait été restaurée, ainsi que de nombreux autres biens. Ces moines conservaient le corps de leur fondateur, saint Philibert, qu’ils transportèrent à Tournus. Leur arrivée aurait entraîné la coexistence, puis la fusion, de deux communautés au même endroit. Avec le déplacement de la communauté de Noirmoutier, le monastère de Saint-Pourçain fut rattaché à celle-ci en qualité de prieuré, le plus important de l’abbaye de Tournus. Entre 945 et 949, Saint-Pourçain servit à nouveau de refuge aux moines en raison des ingérences du comte Gilbert d’Autun.
Au début du XIe siècle, l’abbaye fut victime d’un grave incendie, ce qui obligea à entreprendre d’importants travaux de reconstruction, réalisés en plusieurs campagnes jusqu’à la fin du siècle suivant. Un autre incendie toucha l’établissement en 1245 et, à la suite de cet événement, la salle capitulaire fut reconstruite. Au XVe siècle, l’abbaye était en déclin et, à partir de 1498, elle eut des abbés commendataires, nommés par le roi et sans lien avec le monastère. En 1562, le site fut pillé pendant les guerres de Religion. L’abbaye fut supprimée en 1621 et devint une collégiale séculière. L’édifice subit quelques modifications et, à la Révolution, le chapitre des chanoines fut supprimé.
L’église retrouva son usage cultuel en 1802, en tant qu’église paroissiale. En 1841, elle fut classée au titre des monuments historiques et sa restauration fut entreprise en plusieurs étapes. Il s’agit d’un remarquable édifice roman à trois nefs, divisées en cinq travées, avec un transept dont les bras sont dotés d’absidioles. Le chœur est entouré d’un déambulatoire avec des chapelles rayonnantes ; cette disposition se retrouve dans la partie inférieure, où se trouve une crypte soutenue par des colonnes qui la divisent en trois nefs, également entourées d’un déambulatoire. À l’ouest de l’église s’élève une vaste galilée, avec un étage supérieur où se trouve la chapelle Saint-Michel. Au sud, une partie du cloître est conservée.
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