Saint Martin de Tours (v. 316-397), après avoir fondé l’abbaye de Saint-Martin de Ligugé (Vienne), fut désigné évêque de ce diocèse, fonction qu’il occupa entre 371 et 397. Martin choisit de s’éloigner du confort de la résidence épiscopale en occupant d’abord une cellule dans la ville même, avant de se retirer dans un lieu isolé situé sur la rive droite de la Loire.
Cet emplacement, connu sous le nom de Marmoutier, était plus retiré et occupé depuis des époques antérieures. La tradition y situe notamment la cellule de saint Gatien († 301), l’un des sept apôtres des Gaules, considéré comme le premier évêque de Tours. Avec le temps, Marmoutier devint une colonie érémitique entourée d’une enceinte où se regroupèrent probablement quelque quatre-vingts anachorètes vivant dans des grottes creusées dans la roche ou dans des cabanes. Ils disposaient également d’espaces communautaires, dont une église dédiée aux saints Pierre et Paul.
À la fin du Ve siècle, sous l’épiscopat de Volusien († 498), une nouvelle église dédiée à saint Jean fut édifiée et l’ensemble monastique rénové, ce qui accrut sa renommée et en fit un important lieu de dévotion. Après la mort du fondateur, sa cellule ainsi que les objets qui lui étaient liés furent vénérés. Bien qu’aucune preuve archéologique ne le confirme, la tradition rapporte que Marmoutier aurait également souffert des invasions vikings. En 853, le monastère aurait été pillé et profondément ruiné ; selon la tradition, 116 religieux y trouvèrent la mort tandis que les rares survivants s’enfuirent.
Une longue période de difficultés et d’abandon s’ensuivit probablement. Durant les périodes plus paisibles, les chanoines de Saint-Martin prirent soin de Marmoutier, qui devint une dépendance de cette collégiale. Une petite communauté y fut installée afin d’assurer la continuité de la vie religieuse. Au cours du Xe siècle, Marmoutier commença à récupérer les possessions et privilèges reçus à l’époque carolingienne, avant les invasions normandes. Toutefois, ce ne fut qu’en 982 que la régularité monastique fut rétablie grâce à l’intervention du comte Eudes Ier de Blois (v. 950-996), qui exerçait également la fonction d’abbé laïc de Marmoutier.
Le comte sollicita l’intervention de l’abbé Mayeul de Cluny (910-994), qui dota le monastère d’une nouvelle communauté clunisienne et le transforma en établissement régulier. Mayeul en fut lui-même le premier abbé. Guillaume le Conquérant (v. 1028-1087) participa également à cette restauration par la construction de nouveaux bâtiments. L’église fut consacrée en 1096 par le pape Urbain II. Une longue période de prospérité s’ouvrit alors grâce aux liens étroits du monastère avec la figure de saint Martin, qui favorisaient l’arrivée de revenus et renforçaient son influence.
Monasticon Gallicanum
Bibliothèque nationale de France
Marmoutier participa à de nombreuses fondations ou reconstructions d’abbayes à travers le territoire, tout en possédant un nombre important de prieurés. De nombreux moines formés à Marmoutier occupèrent des fonctions éminentes dans d’autres monastères. Au XIIe siècle, l’établissement était devenu un vaste ensemble monastique. En 1255, Louis IX plaça l’abbaye sous sa protection ainsi que sous celle de ses successeurs à la couronne. Elle subit également les conséquences de la guerre de Cent Ans ; bien qu’elle ne fût pas directement touchée, sa situation économique en fut affectée.
Il n’en fut pas de même durant les guerres de Religion. En 1562, Marmoutier fut attaquée et pillée. Malgré cela, l’établissement demeura l’un des plus prospères du royaume. En 1629, le cardinal Richelieu (1585-1642) fut nommé abbé de Marmoutier et favorisa l’arrivée de la congrégation de Saint-Maur qui, à partir de 1637, prit en charge la réforme du monastère, tant pour l’observance que pour la rénovation des bâtiments. Le monastère subsista jusqu’à la Révolution ; son démantèlement débuta en 1789 et les derniers moines durent l’abandonner en 1792.
Après avoir servi d’hôpital militaire, le site fut vendu en 1799. Il tomba rapidement en ruine et fut presque entièrement démoli entre 1818 et 1819. En 1847, les vestiges conservés passèrent aux Dames du Sacré-Cœur de Jésus, qui ravivèrent la mémoire de saint Martin et y fondèrent un établissement d’enseignement toujours en activité. Après la reconnaissance de l’importance historique du site, des fouilles archéologiques sont menées depuis le dernier quart du XXe siècle, apportant de nouvelles connaissances sur son histoire.
Peu de vestiges de l’ancien monastère subsistent aujourd’hui. L’église romane fit l’objet de nombreuses transformations et extensions aux XIe et XIIe siècles, avant d’être reconstruite dans le style gothique aux XIIIe et XIVe siècles. Elle possédait une crypte dont certaines structures ont été conservées. De l’église subsiste également une partie de la tour connue sous le nom de tour des Cloches. Il convient aussi de signaler le portail de la Crosse, datant du premier quart du XIIIe siècle, une partie de l’hôtellerie médiévale ainsi que la porte Sainte-Radegonde, l’un des rares vestiges de l’époque mauriste (XVIIIe siècle).
Sous l’abbatiat d’Hugues de Rochecorbon (1210-1227), la grange de Meslay fut établie à proximité du monastère ; elle conserve encore une grande partie de ses structures médiévales. Elle fut également le siège d’un prieuré.
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