Restitution de la basilique, avant démolition
Gabriel Blaise (v. 1874)
Institut Catholique de Paris
Au cours du IVe siècle, une nécropole chrétienne s’est développée à l’emplacement de l’actuelle basilique Saint-Martin de Tours, sur un site occupé par des vestiges de constructions d’époque romaine. Saint Martin fut évêque de ce diocèse de Tours entre 371 et 397. Cette dernière année, il mourut à Candes, à l’ouest de la ville, et son corps fut transféré en ce lieu, où il fut inhumé.
Son successeur à la tête du diocèse fut saint Brice, évêque entre 397 et 442. Le nouvel évêque se chargea de mettre en valeur le lieu de sépulture par une construction simple qui servit également, par la suite, à sa propre inhumation. Cet édifice, dédié à Saint-Pierre et Saint-Paul, fut remanié sous l’épiscopat de Perpet (458-488), qui fit édifier une nouvelle basilique entre 467 et 471, consacrée cette dernière année. Pendant la durée des travaux, le corps du saint fut déposé dans un simple bâtiment provisoire, peut-être en bois, dont on pense avoir identifié quelques vestiges.
Le culte de saint Martin de Tours connut un essor considérable grâce à la diffusion de sa figure, et le sanctuaire fut placé sous son vocable, abandonnant celui des saints Pierre et Paul qu’il avait porté jusqu’alors. L’un des principaux artisans de l’expansion du culte martinien fut Grégoire de Tours, évêque de ce diocèse entre 573 et 593, qui laissa un témoignage écrit sur ce lieu et sur la personnalité de saint Martin dans son Historia Francorum. Le pèlerinage à la basilique Saint-Martin était complété par le monastère de Marmoutier, situé aux abords de Tours et également étroitement lié au saint.
La basilique Saint-Martin et la ville de Tours elle-même devinrent un important centre d’attraction pour les souverains mérovingiens, dès Clovis Ier (v. 466-511), puis pour la dynastie carolingienne. La tradition tourangelle rapporte plusieurs épisodes témoignant de la faveur accordée par les rois à cette cité. La basilique était desservie par une communauté de clercs dépendant de la cathédrale. Entre la fin du Ve siècle et le début du VIe siècle, un ensemble de bâtiments fut aménagé à l’intérieur d’une enceinte occupée par des clercs séculiers jusqu’au milieu du VIIe siècle, époque à laquelle d’autres communautés monastiques se développèrent dans son voisinage, notamment celle de Saint-Pierre-le-Puellier. À cette époque coexistaient des communautés de chanoines et d’autres de moines, régies par des règles différentes. Au début du IXe siècle, ces communautés furent réformées selon des principes qui seraient ensuite repris par le synode d’Aix-la-Chapelle de 817.
Les moines furent transférés au monastère bénédictin Saint-Paul de Cormery (Indre-et-Loire), tandis que les chanoines demeurèrent à Saint-Martin. Leur mode de vie n’était probablement pas uniforme : certains chanoines vivaient en communauté, tandis que d’autres disposaient de leurs propres demeures. À la fin du IXe siècle, l’établissement avait pris la forme d’une collégiale séculière dirigée par des abbés. La communauté était alors très nombreuse ; les sources mentionnent plus de deux cents chanoines, un effectif qui diminua progressivement au fil du temps. Durant les invasions normandes (853-903), Saint-Martin et ses alentours furent touchés à plusieurs reprises. Les reliques du saint furent temporairement mises à l’abri à Leré (Cher), où subsiste encore la collégiale Saint-Martin ; elles furent ensuite transférées à Chablis (Yonne, Bourgogne), ainsi qu’à Saint-Martin-de-la-Bazoche, dans la ville même de Tours, près de l’amphithéâtre romain.
Malgré ces difficultés, les chanoines prirent soin du monastère de Marmoutier, alors temporairement dépeuplé. Lorsque la situation se stabilisa, le site fut protégé par une enceinte fortifiée entourant la basilique et ses nombreuses dépendances. Un grave incendie survint encore en 994, entraînant une nouvelle reconstruction et la consécration de l’église en 1014. Le monastère fut dirigé par des abbés jusqu’au Xe siècle, avant de passer sous l’autorité d’un doyen. Cette communauté canoniale bénéficiait d’un statut privilégié, avec une réglementation propre et une certaine indépendance vis-à-vis des autorités ecclésiastiques, tant de l’évêque de Tours que du pape lui-même.
Au cours du dernier quart du XIIe siècle, la basilique fit encore l’objet d’une reconstruction partielle. Durant les guerres de Religion, notamment lors des événements de 1562, le site subit d’importantes destructions et une grande partie des reliques du saint disparut. La collégiale poursuivit néanmoins son activité jusqu’au XVIIIe siècle. L’église romane subsista jusqu’à la Révolution française, bien qu’elle fût alors dans un état de délabrement avancé en raison du manque d’entretien. Après son abandon, sa démolition fut décidée, un processus déjà bien avancé dans les dernières années du XVIIIe siècle.
Philippe Auguste de France entrant à Tours,
avec la basilique Saint-Martin en arrière-plan
Miniature tirée des Chroniques de Saint-Denis
(Jean Fouquet, vers 1460)
Bibliothèque nationale de France
L’église du XIe siècle, remaniée à plusieurs reprises par la suite, était un édifice de grandes dimensions. Elle comportait cinq nefs de onze travées, ainsi qu’un ensemble de chapelles aménagées le long du côté sud, à proximité du cloître. Elle possédait un transept à trois vaisseaux. Le chœur oriental était entouré d’un déambulatoire à deux collatéraux correspondant aux bas-côtés de l’église. Ce déambulatoire donnait accès à cinq chapelles rayonnantes. Les vestiges les plus importants conservés aujourd’hui sont les tours dites de Charlemagne et de l’Horloge, deux des cinq tours que comptait autrefois l’édifice. À partir de 1887, une nouvelle basilique fut édifiée, de dimensions plus modestes et selon une orientation différente, tout en conservant le lieu de sépulture de saint Martin, qui demeure un objet de vénération.
- BESSE, Jean-Martial (1920). Abbayes et prieurés de l'ancienne France, vol. 8, Tours. París : Picard
- CARRÉ DE BUSSEROLLE, Jacques-Xavier (1884). Dictionnaire géographique, historique et biographique d'Indre-et-Loire et de l'ancienne province de Touraine. Vol. VI. Tours: Rouillé-Ladevèze
- GALINIÉ, Henri; dir. (2007). Tours antique et médiéval. Tours: Revue archéologique du Centre de la France
- LASTEYRIE, Robert de (1892). L'église Saint-Martin de Tours, étude critique sur l'histoire et la forme de ce monument du Ve au XIe siècle. Mémoires de l'Institut national de France. T. 34
- LELONG, Charles (1975). La nef de Saint-Martin de Tours. Bulletin Monumental. T. 133
- LESUEUR, Frédéric (1949). Saint-Martin de Tours. Congrès archéologique de France, 106 ss. Société française d'archéologie
- MABILLE, Emile (1869). Les invasions normandes dans la Loire et les pérégrinations du corps de saint Martin. Bibliothèque de l'École des Chartes. París: A. Franck
- NOIZET, Hélène (2019). La fabrique de la ville. Espace et sociétés à Tours (IXe-XIIIe siècle). París: Éditions de la Sorbonne
- POUYET, Thomas (2019). Cormery et son territoire : origines et transformations d’un établissement monastique dans la longue durée (8e - 18e siècles). Université de Tours
- QUICHERAT, Jules (1869). Restitution de la basilique de Saint-Martin de Tours. París: Didier
- RATEL, Stanislas (1886). Les basiliques de Saint Martin à Tours. Brussel·les: Vromant
- SAINT-MAUR, Congregació de (1856). Gallia Christiana in provincias ecclesiasticas distributa. Vol. 14. París: Typographia Regia
- SEMUR, François-Christian (2011). Abbayes de Touraine. La Crèche: Geste Ed.
- VAUCELLE, Edgard-Raphaël (1908). La collégiale de Saint-Martin de Tours des origines à l'avènement des Valois. París: Picard
























