Abbaye Saint-Chef en Dauphiné

Val Rupien / S. Theuderius Viennae / Saint-Theudère / Saint-Chef du Viennois

(Saint-Chef, Isère)

Abbaye Saint-Chef
Abbaye Saint-Chef

De l’abbaye Saint-Chef, seule l’église est conservée. Selon la tradition, l’ancien monastère aurait été fondé en ce lieu au VIe siècle. Bien que l’édifice actuel conserve certains éléments des Xe et XIe siècles, il résulte de nombreuses transformations ultérieures. Du point de vue artistique, le site est surtout connu pour les peintures murales qui y subsistent.

Abbaye Saint-Chef
Abbaye Saint-Chef

La tradition attribue la fondation du monastère à saint Theudère (Theuderius, ou Teodor). Sa vie fut rédigée au IXe siècle par saint Adon, archevêque de Vienne. Selon ce récit, Theudère était originaire de ces terres, se serait formé à Saint-Honorat de Lérins (Alpes-Maritimes) et fut disciple de l’évêque Césaire d’Arles. Il se rendit ensuite à Vienne, d’où il fonda plusieurs monastères dans la région ; le plus connu serait celui de Val Rupien, établi sur des terres de sa famille. À sa mort, en 575, il fut enseveli en ce lieu, qui prit d’abord le vocable de Saint-Theudère, remplacé plus tard par celui de Saint-Chef.

On ignore quelle règle suivait la communauté primitive, probablement celle observée à Lérins, ainsi que d’autres détails concernant cette première maison. Le monastère déclina durant la seconde moitié du IXe siècle, peut-être à la suite d’un épisode guerrier. En 887, il fut relevé grâce à l’arrivée des moines de l’abbaye de Montier-en-Der (Haute-Marne), réfugiés des invasions normandes et observant la règle de saint Benoît. Vers 925, ces moines regagnèrent leur monastère d’origine et Saint-Chef passa sous la juridiction de l’archevêché de Vienne. Au cours du troisième quart du Xe siècle, l’ensemble fut reconstruit par l’archevêque saint Thibaud († 1001), étroitement lié à ce lieu, où il fut également inhumé.

Abbaye Saint-Chef
Abbaye Saint-Chef
Photo de Cantepien, sur Wikimedia
Abbaye Saint-Chef
Abbaye Saint-Chef
Photo de Cantepien, sur Wikimedia

S’ouvrit alors une période de prospérité, durant laquelle l’abbaye rassembla un nombre important de prieurés et d’églises sous sa dépendance. Au fil du temps, diverses transformations furent apportées à l’église, notamment la construction du transept avec chapelles et le décor peint. Au XIIIe siècle surgirent des conflits entre les abbés de Saint-Theudère et les archevêques de Vienne, qui imposèrent leur autorité en 1280. En 1320, ils assumèrent le gouvernement effectif de la maison, placée dès lors sous la dépendance directe de l’archevêché. Le monastère prit alors le nom de Saint-Chef, probablement en raison d’un reliquaire contenant la tête du fondateur — ou peut-être d’un autre saint — qui y était vénérée.

En 1531, le monastère fut sécularisé et transformé en collégiale ; le pape confirma ce changement en 1536. Privé de communauté monastique, Saint-Chef souffrit gravement des guerres de Religion durant la seconde moitié du XVIe siècle. En 1774, l’abbaye de Saint-André-le-Bas de Vienne (Isère) fut supprimée et unie à celle de Saint-Chef ; la communauté se transféra à Vienne, où elle forma la collégiale de Saint-Theudère et de Saint-André. En 1780, cette institution fut transférée et intégrée à Saint-Pierre de Vienne.

Abbaye Saint-Chef
Abbaye Saint-Chef
Vitrail moderne représentant saint Theudère, le fondateur
Photo de Reinhardhauke, sur Wikimedia
Abbaye Saint-Chef
Abbaye Saint-Chef
Peintures murales (XIe siècle)
Photo de GFreihalter, sur Wikimedia

L’église subsiste, conservant certains éléments du Xe siècle malgré les transformations ultérieures, notamment l’adjonction du transept avec deux chapelles absidiales ouvertes dans chaque bras. L’édifice comporte trois nefs de sept travées. Les peintures murales de la seconde moitié du XIe siècle constituent l’un des principaux attraits du monument.

Abbaye Saint-Chef
Abbaye Saint-Chef
Peintures murales (XIe siècle)
Photo de Wikimedia

Bibliographie:
  • BARRUOL, Guy (1992). Dauphiné roman. La Nuit des Temps, 77. Zodiaque
  • BESSE, J.-M.; i altres (1939). Abbayes et prieurés de l'ancienne France. Vol. 9: Province ecclésiastique de Vienne. Abbaye de Ligugé
  • COTTINEAU, Laurent-Henri (1939). Répertoire topo-bibliographique des abbayes et prieurés. Vol. 2. Mâcon: Protat
  • FOCHIER, Louis (1865). Recherches historiques sur les environs de Bourgoin. Lió: Boullieux
  • OURSEL, Raymond (1962). L'architecture de l'abbatiale de Saint-Chef. Bulletin Monumental. Vol. 120
  • SAINT-MAUR, Congregació de (1865). Gallia Christiana in provincias ecclesiasticas distributa. Vol. 16. París: Firmin Didot
  • VARNET, Abbé (1873). Saint Theudère et son abbaye de Saint-Chef. Grenoble: Baratier

Emplacement:
Vista aèria

L’abbaye Saint-Chef (Isère) est située dans la commune du même nom, au nord-ouest de Grenoble, entre cette ville et Lyon